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MessagePosté : 30 Novembre 2019, 22:14 
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CHAPITRE III
DIEU, ÊTRE ET VÉRITÉ SUPRÊMES

Ce que Platon dit de la beauté, il faut le dire de la vérité


Enfin il faut nous dire que ces désillusions, éprouvées ou causées par nous, à la vue de l'imperfection foncière de la créature, sont permises pour nous faire aspirer plus fortement à connaître et à aimer Celui qui est la Vérité et la Vie, Celui que nous verrons un jour, comme Il se voit. Nous comprendrons alors cette parole de sainte Catherine de Sienne : « la connaissance vécue de notre misère et celle de la grandeur de Dieu grandissent ensemble. Elles sont comme le point le plus bas et le point le plus élevé d'un cercle, qui grandirait toujours ». Et chaque fois que nous voyons mieux nos imperfections, nos limites, nous voyons mieux aussi que Dieu à cause de son infinie sagesse et de son infinie bonté doit être aimé par-dessus tout.

Enfin, dernière remarque, la Vérité suprême nous a parlé elle-même, elle s'est révélée elle-même de façon encore obscure, mais c'est sur elle que repose notre foi chrétienne. C'est au nom de cette Vérité suprême que Jésus dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis... » Il est lui-même la Vérité et la Vie, dont nous devons vivre un peu mieux chaque jour. Ceci dépasse de beaucoup Platon ; ce n'est plus une ascension abstraite, philosophique vers la Vérité suprême ; c'est la Vérité suprême qui s'incline vers nous, pour nous élever jusqu'à elle.

CHAPITRE IV
DIEU, SOUVERAIN BIEN ET LE DÉSIR DU BONHEUR


En parlant de Dieu, Être et Vérité suprêmes, nous avons vu que la multiplicité des êtres, qui se ressemblent par une même perfection comme la bonté, ne suffit pas à rendre compte de cette unité de similitude qui est en elle : le multiple, comme le disait Platon, ne peut rendre raison de l'un. Et de plus aucun des êtres qui possèdent cette perfection à un degré imparfait ne suffit à en rendre compte, car chacun est un composé de cette perfection et de la capacité restreinte qui la limite, et, comme tout composé, il demande une cause : « quæ secundum se diversa sunt, non conveniunt in aliquod unum, nisi per aliquam causam adunantem ipsa ». Ce composé participe à cette perfection, il y a part, et donc il l'a reçue et il n'a pu la recevoir que de Celui qui est cette Perfection même, dont la notion n'implique aucune imperfection.

Cette doctrine devient, au point de vue moral, singulièrement vivante en nous rappelant que plus nous constatons nos limites, celles de notre sagesse et de notre bonté, plus nous devons penser à Celui qui est la Sagesse même et la Bonté même. Le multiple ne s'explique que par l'un, le divers que par l'identique, le composé que par le simple, l'imparfait mêlé d'imperfection que par le Parfait, pur de toute imperfection.

Cette preuve de l'existence de Dieu en contient implicitement une autre que Saint Thomas développe ailleurs Ia-IIae, q. 2. a. 8, en montrant que la béatitude ou le vrai bonheur, que l'homme désire naturellement; ne peut se trouver dans aucun bien limité ou restreint, mais seulement en Dieu connu au moins de façon naturelle, et aimé efficacement par-dessus tout. Il démontre que la béatitude de l'homme ne peut être ni dans les richesses, ni dans les honneurs, ni dans la gloire, ni dans le pouvoir, ni dans aucun bien du corps, ni dans un bien de l'âme comme la vertu, ni dans aucun bien limité. La démonstration qu'il donne de ce dernier point tient à la nature même de notre intelligence et de notre volonté[5].
Voyons 1° quel est le fait d'où part cette preuve, 2° quel est le principe sur lequel elle repose ; 3° quel est le terme auquel elle aboutit ; 4° ce qu'elle ne saurait exiger.

Source : Livres-mystiques.com

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MessagePosté : 01 Décembre 2019, 20:56 
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CHAPITRE IV
DIEU, SOUVERAIN BIEN ET LE DÉSIR DU BONHEUR

I - Le fait d'expérience: Le vrai bonheur, solide et durable, n'est pas dans les biens qui passent


On peut s'élever au Bien suprême, source d'un bonheur parfait et sans mélange, en partant soit des biens imparfaits subordonnés, soit du désir naturel que ces biens ne parviennent pas à satisfaire.

Si l'on part des biens finis, limités, que l'homme est naturellement porté à désirer, on constate bien vite leur imperfection : qu'il s'agisse de la santé, des plaisirs du corps, des richesses, des honneurs, du pouvoir, de la gloire, de la connaissance des sciences, on est bien obligé de constater que ce sont là des biens qui passent, des biens fort imparfaits et limités.

Or, comme nous le disions, l'imparfait ou le bien mêlé d'imperfection n'est qu'un bien participé par une capacité restreinte qui le reçoit, un bien qui suppose le bien pur, sans mélange de son contraire, comme la sagesse mêlée d'ignorance et d'erreur n'est qu'une sagesse participée qui suppose la Sagesse même. C'est l'aspect métaphysique de l'argument, c'est la dialectique, de l'intelligence par voie de causalité à la fois exemplaire et efficiente.

Mais la preuve dont nous parlons devient plus vive, plus convaincante, plus prenante, si nous partons de notre désir naturel du bonheur que tous nous ressentons si vivement en nous.

C'est l'aspect psychologique et moral de l'argument ; c'est la dialectique de l'amour, fondée sur celle de l'intelligence, qui procède soit par voie de causalité efficiente (productrice ou ordonnatrice), soit par voie de causalité finale.

Ce sont les deux causes extrinsèques, aussi nécessaires l'une que l'autre, et même la fin est la première des causes. Et Aristote (Mét., l. XII, c. 7) a mieux vu la causalité finale de Dieu, Acte pur, que sa causalité efficiente, soit productrice, soit ordonnatrice.

Saint Thomas (Ia-IIae, q. 2, a. 7 et 8, à la suite d'Aristote et de saint Augustin, insiste sur ce fait, que l'homme désire naturellement être heureux, et comme son intelligence, très supérieure aux sens et à l'imagination de l'animal, connaît, non seulement tel bien particulier, délectable ou utile, tel aliment, tel remède, mais le bien en général (universale in prædicando), ce qui constitue le bien comme tel, le désirable quel qu'il soit, il s'ensuit que l'homme, tendant, non pas vers l'idée abstraite du bien, mais vers le bien réel qui est dans les choses, ne peut trouver sa vraie béatitude en aucun bien fini ou limité, mais seulement dans le Souverain Bien (bonum universale in essendo et in causando).

Il est impossible que l'homme trouve le vrai bonheur, qu'il désire naturellement, en aucun bien limité, car son intelligence constatant aussitôt LA LIMITE, conçoit un bien supérieur, et naturellement la volonté le désire.

C'est là un fait profondément noté par saint Augustin dans ses Confessions I, 1, lorsqu'il dit : Notre cœur, Seigneur, reste toujours dans l'inquiétude, l'insatisfaction, tant qu'il ne se repose pas en toi : « Irrequietum est cor nostrum, donec requiescat in te, Domine ».

Source : Livres-mystiques.com

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MessagePosté : 01 Décembre 2019, 21:10 
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CHAPITRE IV
DIEU, SOUVERAIN BIEN ET LE DÉSIR DU BONHEUR

I - Le fait d'expérience: Le vrai bonheur, solide et durable, n'est pas dans les biens qui passent


On peut s'élever au Bien suprême, source d'un bonheur parfait et sans mélange, en partant soit des biens imparfaits subordonnés, soit du désir naturel que ces biens ne parviennent pas à satisfaire.

Si l'on part des biens finis, limités, que l'homme est naturellement porté à désirer, on constate bien vite leur imperfection : qu'il s'agisse de la santé, des plaisirs du corps, des richesses, des honneurs, du pouvoir, de la gloire, de la connaissance des sciences, on est bien obligé de constater que ce sont là des biens qui passent, des biens fort imparfaits et limités.

Or, comme nous le disions, l'imparfait ou le bien mêlé d'imperfection n'est qu'un bien participé par une capacité restreinte qui le reçoit, un bien qui suppose le bien pur, sans mélange de son contraire, comme la sagesse mêlée d'ignorance et d'erreur n'est qu'une sagesse participée qui suppose la Sagesse même. C'est l'aspect métaphysique de l'argument, c'est la dialectique, de l'intelligence par voie de causalité à la fois exemplaire et efficiente.

Mais la preuve dont nous parlons devient plus vive, plus convaincante, plus prenante, si nous partons de notre désir naturel du bonheur que tous nous ressentons si vivement en nous.

C'est l'aspect psychologique et moral de l'argument ; c'est la dialectique de l'amour, fondée sur celle de l'intelligence, qui procède soit par voie de causalité efficiente (productrice ou ordonnatrice), soit par voie de causalité finale.

Ce sont les deux causes extrinsèques, aussi nécessaires l'une que l'autre, et même la fin est la première des causes. Et Aristote (Mét., l. XII, c. 7) a mieux vu la causalité finale de Dieu, Acte pur, que sa causalité efficiente, soit productrice, soit ordonnatrice.

Saint Thomas (Ia-IIae, q. 2, a. 7 et 8, à la suite d'Aristote et de saint Augustin, insiste sur ce fait, que l'homme désire naturellement être heureux, et comme son intelligence, très supérieure aux sens et à l'imagination de l'animal, connaît, non seulement tel bien particulier, délectable ou utile, tel aliment, tel remède, mais le bien en général (universale in prædicando), ce qui constitue le bien comme tel, le désirable quel qu'il soit, il s'ensuit que l'homme, tendant, non pas vers l'idée abstraite du bien, mais vers le bien réel qui est dans les choses, ne peut trouver sa vraie béatitude en aucun bien fini ou limité, mais seulement dans le Souverain Bien (bonum universale in essendo et in causando).

Il est impossible que l'homme trouve le vrai bonheur, qu'il désire naturellement, en aucun bien limité, car son intelligence constatant aussitôt LA LIMITE, conçoit un bien supérieur, et naturellement la volonté le désire.

C'est là un fait profondément noté par saint Augustin dans ses Confessions I, 1, lorsqu'il dit : Notre cœur, Seigneur, reste toujours dans l'inquiétude, l'insatisfaction, tant qu'il ne se repose pas en toi : « Irrequietum est cor nostrum, donec requiescat in te, Domine ».

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MessagePosté : 02 Décembre 2019, 21:35 
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CHAPITRE IV
DIEU, SOUVERAIN BIEN ET LE DÉSIR DU BONHEUR

I - Le fait d'expérience: Le vrai bonheur, solide et durable, n'est pas dans les biens qui passent


Qui d'entre nous n'a constaté ce fait dans sa vie profonde ? Si nous sommes malades, nous désirons naturellement la santé, comme un grand bien, et dès que nous sommes guéris, si heureux soyons-nous de notre guérison, nous constatons que la santé ne suffit pas à notre bonheur, et qu'elle ne donne pas la paix de l'âme; on peut être en parfaite santé, et accablé de tristesse. - Il en est de même des plaisirs des sens : loin de suffire à nous donner le bonheur, pour peu qu'on en abuse, ils jettent dans le désenchantement et le dégoût, parce qu'aussitôt notre intelligence, qui conçoit le bien universel et sans limite, nous dit : cette délectation sensible, qui t'attirait tout à l'heure, tu vois, maintenant que tu l'as obtenue, qu'elle est la pauvreté même, et incapable de satisfaire le vide profond de ton cœur, incapable de répondre à ton désir du bonheur.

Il en est de même des richesses, et des honneurs, souvent tant désirés ; dès qu'on les a, on voit que les satisfactions qu'ils nous donnent sont terriblement passagères et superficielles, incapables elles aussi de combler le vide de notre cœur ; notre intelligence nous dit : toutes ces richesses et ces honneurs ne sont encore qu'un pauvre bien fini, de la fumée, que le moindre vent dissipe.

Il faut en dire autant du pouvoir, de la gloire, car celui qui s'élève sur la roue de la fortune, à peine est-il arrivé au sommet, qu'il commence à redescendre, il doit faire place à d'autres, il sera bientôt un astre qui s'éteint. Et même si les plus fortunés gardent quelque temps le pouvoir et la gloire, ils ne peuvent y trouver le vrai bonheur, mais souvent ils y trouvent tant d'inquiétudes et d'ennuis, qu'ils aspirent à se retirer de tout.

Il faut en dire autant de la connaissance des sciences ; ce n'est là qu'un bien fort limité : le vrai, fût-il complet et sans mélange d'erreur, est le bien de l'intelligence, mais il n'est pas le bien de tout l'homme; en dehors de l'intelligence, le cœur, la volonté ont aussi leurs besoins spirituels profonds, et s'ils ne sont pas satisfaits, il n'y a point de vrai bonheur.

Le trouverons-nous dans une amitié très pure et très haute ? Elle nous apportera certes de grandes joies, parfois très intimes, bien sûr ; mais nous avons une intelligence qui conçoit le bien universel, sans limite, et ici aussi elle ne tardera pas à constater que cette amitié très pure et très haute n'est encore qu'un bien fini. On se rappellera le mot de sainte Catherine de Sienne : « Voulez-vous pouvoir vous désaltérer longtemps à cette coupe d'une véritable amitié, laissez-la sous la source d'eau vive, autrement vous l'aurez bien vite épuisée, elle ne pourra plus répondre à votre soif ». Si elle y répond, c'est que la personne aimée devient meilleure, et pour le devenir elle a besoin de recevoir une bonté nouvelle d'une source supérieure.

Même s'il nous était donné de voir un ange, de le voir immédiatement dans sa beauté suprasensible, purement spirituelle, nous serions d'abord émerveillés ; mais notre intelligence, qui conçoit le bien universel et sans limite, ne tarderait pas à nous dire : ce n'est là encore qu'un bien fini, et par là même très pauvre en comparaison du Bien-même, sans limite, et sans mélange d'imperfection. Deux biens finis, si inégaux soient-ils, sont également distants de l'Infini ; en ce sens, l'ange et le grain de sable sont également infimes.

Source : Livres-mystiques.com

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MessagePosté : 03 Décembre 2019, 21:22 
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CHAPITRE IV
DIEU, SOUVERAIN BIEN ET LE DÉSIR DU BONHEUR


II - Le principe, qui permet de s'élever à Dieu

Ce désir naturel du bonheur, que nous portons tous en nous, ne peut-il donc pas être satisfait ?
Se peut-il qu'un désir NATUREL soit vain, chimérique, sans aucun sens, sans aucune portée ?
On comprend qu'un désir né d'une fantaisie de l'imagination ou d'une erreur de la raison, comme le désir d'avoir des ailes, soit chimérique. Mais un désir fondé sur la nature et immédiatement, sans l'intermédiaire d'aucun jugement conditionnel, comment le serait-il ? Le désir du bonheur n'est pas une simple velléité conditionnelle, il est inné ou immédiatement fondé sur la nature, qui est quelque chose de stable, de ferme, qui se retrouve chez tous les hommes de tous les pays et de tous les temps. Bien plus, c'est la nature même de notre volonté, qui, avant tout acte, est une faculté appétitive du bien dans son universalité.

La nature de notre volonté pas plus que celle de notre intelligence ne peut être le résultat du hasard, d'une rencontre fortuite, puisque notre volonté, comme notre intelligence, est un principe d'opération tout à fait simple, et nullement composé d'éléments divers que le hasard aurait pu réunir.

Le désir naturel de cette volonté peut-il être chimérique ?
Déjà le désir naturel des êtres inférieurs à nous n'est pas vain, comme le remarque du point de vue expérimental le naturaliste. Le désir naturel de l'herbivore est de trouver de l'herbe, et il la trouve; celui du carnivore est de trouver de la chair à manger, et il la trouve. Le désir naturel de l'homme est d'être heureux et le vrai bonheur ne se trouve de fait et ne peut se trouver en aucun bien limité; ce vrai bonheur est-il introuvable ? Le désir naturel de l'homme serait-il donc trompeur, sans finalité, alors que le désir naturel des êtres inférieurs n'est pas vain ?

Mais il n'y a pas là seulement un argument de naturaliste, fondé sur l'expérience et l'analogie de notre désir naturel avec celui des êtres inférieurs. Il y a là un argument métaphysique fondé sur la certitude de la valeur absolue du principe de finalité.

Si le désir naturel du vrai bonheur est chimérique, c'est toute l'activité humaine, inspirée par ce désir, qui serait sans finalité, sans raison d'être, contraire à ce principe nécessaire et évident : « Tout agent agit pour une fin ». Pour entendre la vérité de ce principe, ainsi formulé par Aristote, il suffit de comprendre ses termes : Tout agent quel qu'il soit, conscient ou inconscient, tend à quelque chose de déterminé qui lui convient. Or la fin est précisément le bien déterminé auquel tend l'action d'un agent, ou le mouvement d'un mobile.

Ce principe de soi évident pour qui entend le sens des mots agent et fin, se démontre aussi par l'absurde, car autrement, dit saint Thomas (Ia-IIae q. 1, a. 2) : « il n'y aurait pour l'agent, aucune raison d'agir, plutôt que de ne pas agir, et aucune raison D'AGIR AINSI, plutôt qu'autrement », de désirer ceci plutôt qu'autre chose.

S'il n'y avait pas de finalité naturelle, si tout agent naturel n'agissait pas pour une fin, il n'y aurait aucune raison pour l'œil de voir au lieu d'entendre ou de savourer, pour les ailes de l'oiseau de le faire voler au lieu de le faire marcher ou nager, pour l'intelligence aucune raison de connaître plutôt que de vouloir. Alors tout deviendrait sans raison d'être et serait inintelligible. Il n'y aurait aucune raison pour la pierre de tomber au lieu de monter, aucune raison pour les corps de s'attirer au lieu de se repousser et de se disperser en détruisant toute l'harmonie de l'univers.

Source : Livres-mystiques.com

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MessagePosté : 04 Décembre 2019, 21:15 
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CHAPITRE IV
DIEU, SOUVERAIN BIEN ET LE DÉSIR DU BONHEUR

II - Le principe, qui permet de s'élever à Dieu


Le principe de finalité a une nécessité et une valeur absolues, qui ne sont pas moins certaines que celles du principe de causalité efficiente « tout ce qui arrive et tout être contingent exigent une cause efficiente » et en dernière analyse tout ce qui arrive exige une cause efficiente, non causée, qui soit son agir, son action, et donc qui soit son existence même, puisque l'agir suit l'être, et le mode d'agir le mode d'être.

Ces deux principes de causalité efficiente et de finalité sont également certains, d'une certitude non seulement physique, mais métaphysique, avant que nous ayons démontré l'existence de Dieu. Et même l'efficience ne se conçoit pas sans la finalité ; elle serait, nous venons de le voir, sans raison d'être, et donc inintelligible.

III - Le terme de cette ascension

Notre désir naturel du bonheur a donc une finalité; il tend vers un bien. Serait-ce seulement vers un bien irréel, ou vers un bien réel mais inaccessible ? Tout d'abord ce bien, auquel tend notre désir naturel, n'est pas seulement une idée de notre esprit, car comme l'a dit plusieurs fois Aristote, tandis que le vrai est formellement dans l'esprit qui juge, le bien est formellement dans les choses. Lorsque nous désirons la nourriture, il ne suffit pas d'en avoir l'idée; ce n'est pas l'idée du pain qui nourrit, mais le pain lui-même. Et donc le désir naturel de la volonté, fondé non pas sur l'imagination ou l'égarement de la raison, mais sur la nature même et de l'intelligence et de la volonté, tend non pas vers l'idée du bien, mais vers un bien réel; autrement ce n'est plus un désir, et surtout un désir naturel.

On dira peut-être que l'idée universelle de bien nous porte à chercher le bonheur dans la collection ou la succession de tous les biens finis, qui nous attirent : santé, plaisirs du corps, richesses, honneurs, joie de 1a connaissance scientifique, de l'art, de l'amitié. Ceux qui dans une course folle veulent jouir de tous les biens finis soit simultanément, soit du moins successivement, semblent penser un moment que c'est là le vrai bonheur.

Mais l'expérience et la raison nous détrompent. Le vide du cœur subsiste toujours, manifesté par l'ennui; et l'intelligence nous dit que la collection même simultanée de tous ces biens finis et mêlés d'imperfection ne peut pas plus constituer le Bien même, conçu et désiré par nous, qu'une multitude innombrable d'idiots ne saurait valoir un homme de génie.

La quantité ne fait rien à l'affaire ; il s'agit ici de la qualité du bien; même si l'on multipliait à l'infini tous les biens finis, ils ne constitueraient pas le Bien pur, sans mélange, que notre intelligence conçoit, et que par suite notre volonté désire. C'est là la raison profonde de l'ennui qu'éprouvent les mondains, qu'ils traînent sur toutes les plages du monde; ils se portent vers une créature, puis vers une autre, et ainsi de suite, sans qu'ils soient jamais vraiment satisfaits, et véritablement heureux.

Mais alors, si notre intelligence est capable de concevoir le bien universel ou sans limites, notre volonté, éclairée par elle, a aussi une amplitude et une profondeur illimitée, et son désir naturel, qui appelle non pas l'idée du bien, mais un bien réel, peut-il être vain, et chimérique ?

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MessagePosté : 05 Décembre 2019, 21:18 
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CHAPITRE IV
DIEU, SOUVERAIN BIEN ET LE DÉSIR DU BONHEUR

III - Le terme de cette ascension


Ce désir naturel, fondé, non pas sur notre imagination, mais sur notre nature, est ferme et immuable comme celle-ci. Il ne peut pas être plus vain que le désir de l'herbivore, que celui du carnivore; il ne peut pas être plus vain, que l'ordination naturelle de l'œil à la vision, de l'ouïe à l'audition, de l'intelligence à la connaissance. Et alors, si ce désir naturel du bonheur ne peut être vain, et s'il ne peut trouver de satisfaction dans aucun bien fini, ni dans la collection des biens finis, il faut dire de toute nécessité qu'il existe un Bien pur, sans mélange, le Bien même ou le Souverain Bien, seul capable de répondre à notre aspiration ; autrement l'amplitude universelle de notre volonté serait une absurdité psychologique, une chose radicalement inintelligible, sans raison d'être.

IV - Ce que n'exige pas notre nature


S'ensuit-il que notre désir naturel du bonheur exige que nous arrivions à la vision immédiate de Dieu, souverain Bien ?

Nullement. Cette vision immédiate de l'essence divine est essentiellement surnaturelle et donc gratuite, nullement due à notre nature, ni à la nature angélique.

En ce sens saint Paul nous dit : « L'œil de l'homme ne peut voir, son oreille ne peut entendre, ni son cœur naturellement désirer les choses que Dieu prépare à ceux qui l'aiment. Mais le Saint-Esprit nous les a révélées, car l'Esprit pénètre tout, même les profondeurs de Dieu » I Cor., II, 9.

Mais très au-dessous de la vision immédiate de l'essence divine, et très au-dessous de la foi chrétienne, il y a la connaissance naturelle de Dieu, auteur de la nature, celle que nous donnent les preuves de son existence.

Et si le péché originel n'avait pas affaibli nos forces morales, cette connaissance naturelle de Dieu nous permettrait d'arriver à un amour naturel efficace de Dieu, auteur de la nature, de Dieu, souverain Bien, naturellement connu.

Or dans cette connaissance naturelle, et dans cet amour naturel et efficace de Dieu, l'homme, s'il avait été créé dans un état purement naturel, aurait trouvé le vrai bonheur, non pas la béatitude absolument parfaite, qui est la béatitude surnaturelle ou la vision immédiate de Dieu, mais pourtant un vrai bonheur solide et durable, car cet amour naturel de Dieu, s'il est efficace, oriente vraiment notre vie vers Lui et nous donne en un sens vrai de nous reposer en Lui, du moins dans l'ordre naturel, dans l'ordre de ce qui est dû à notre nature. Il en eût été ainsi, dans un état naturel, pour l'âme immortelle des justes, après l'épreuve de cette vie. L'âme désire naturellement vivre toujours et ce désir naturel ne saurait être vain (cf. S. Thomas, Ia, q. 75, a. 6, c. fin).

Mais gratuitement nous avons reçu beaucoup plus nous avons reçu la grâce, germe de la gloire, et avec elle la foi surnaturelle et l'amour surnaturel de Dieu, auteur non plus seulement de la nature, mais de la grâce.

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MessagePosté : 06 Décembre 2019, 22:02 
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CHAPITRE IV
DIEU, SOUVERAIN BIEN ET LE DÉSIR DU BONHEUR

IV - Ce que n'exige pas notre nature


Et alors, pour nous chrétiens, la preuve dont nous venons de parler se confirme grandement par le bonheur ou la paix que nous trouvons dès ici-bas dans l'union à Dieu.

Très au-dessus de ce que peut entrevoir la raison philosophique, sans posséder encore la béatitude parfaite, qui est celle du ciel, nous avons trouvé le vrai bonheur, dans la mesure où nous aimons sincèrement, efficacement, généreusement le Souverain Bien par-dessus tout, plus que nous-mêmes et que toute autre créature, dans la mesure où nous ordonnons chaque jour plus profondément toute notre vie vers lui.

Malgré les tristesses parfois accablantes de la vie présente, nous avons trouvé le vrai bonheur ou la paix, du moins au sommet de l'âme, lorsque nous aimons Dieu par-dessus tout, car la paix est la tranquillité de l'ordre, et nous sommes alors unis au principe même de tout ordre et de toute vie.

Notre preuve se confirme ainsi grandement par l'expérience profonde de la vie chrétienne en laquelle se réalise la parole de Notre-Seigneur : « Pacem relinquo vobis, pacem meam do vobis, non quomodo mundus dat, ego do vobis » Jean, XIV, 27.

Le Sauveur nous a donné la paix, non pas par l'accumulation des plaisirs, des richesses, des honneurs, de la gloire, du pouvoir; mais par l'union à Dieu.

Et il nous a tellement donné cette paix solide et durable, qu'il peut nous la conserver et nous la conserve, comme il l'a prédit, au milieu même des persécutions : « Beati pauperes... Beati qui esuriunt et sitiunt iustitiam... Beati qui persecutionem patiuntur propter iustitiam, quoniam ipsorum est regnum coelorum » Matth.,V, 10.

Déjà le royaume des cieux est à eux, en ce sens que, dans l'union à Dieu, ils ont par la charité, la vie éternelle commencée, « inchoatio vitæ æternæ », IIa-IIae, q. 24, a. 3, 2m.

Épicure se vantait de pouvoir par sa doctrine donner le bonheur à ses disciples même dans le taureau de Phalaris, dans le taureau d'airain porté au rouge où l'on mourait carbonisé.

Seul Jésus a pu réaliser pareille chose dans les martyrs en leur donnant la paix et le vrai bonheur par l'union à Dieu au milieu même de leurs tourments.

Dans la mesure où l'on possède cette union à Dieu, la preuve dont nous venons de parler reçoit une très grande confirmation, par l'expérience spirituelle profonde, car Dieu, par le don de sagesse, daigne alors se faire sentir à nous comme la vie de notre vie « Ipse enim Spiritus testimonium reddit spiritui nostro, quod sumus filii Dei » Rom., VIII, 16.

Dieu se fait sentir à nous comme le principe de l'amour filial qu'il nous inspire pour lui.

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MessagePosté : 07 Décembre 2019, 21:22 
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CHAPITRE V

DIEU, FONDEMENT SUPRÊME DU DEVOIR

Nous avons vu la preuve de l'existence du Souverain Bien, qui se tire de notre désir naturel du bonheur.


Elle revient, disions-nous, à ceci :
Un désir naturel, fondé non pas sur l'imagination ou l'égarement de la raison, mais sur notre nature même, commune à tous les hommes, un tel désir naturel ne peut être vain, chimérique, trompeur; c'est-à-dire : il ne peut tendre à un bien irréel ou inaccessible.

Or tout homme désire naturellement être heureux, et le vrai bonheur ne se trouve en aucun bien fini ou limité, car notre intelligence, concevant le bien universel et sans limites, nous le fait naturellement désirer.

Il faut donc qu'il existe un Bien sans limite, Bien pur, sans mélange de non-bien ou d'imperfection ; sans quoi l'amplitude universelle de notre volonté serait une absurdité psychologique, un non-sens absolu.

Comme l'herbivore trouve l'herbe dont il a besoin, et le carnivore la proie nécessaire à sa subsistance, le désir naturel de l'homme ne peut rester vain; le vrai bonheur, naturellement désiré, doit être possible, et c'est seulement dans la connaissance et l'amour du souverain Bien ou de Dieu qu'il peut se trouver. Donc Dieu existe.


Il y a une autre preuve de l'existence de Dieu qui a pour point de départ, non plus notre désir du bonheur, mais l'obligation morale ou l'ordination de notre volonté au bien moral. Cette preuve conduit au Souverain Bien, non plus seulement comme désirable par-dessus tout, mais en tant qu'il a DROIT à être aimé, exige l'amour et fonde le devoir.

I - L'ordination de notre volonté au bien moral

Cette preuve a son point de départ dans la conscience humaine.

Tous, même ceux qui doutent encore de l'existence de Dieu, saisissent au moins d'une façon confuse qu'il faut faire le bien et éviter le mal. Pour voir cette vérité, il suffit d'avoir la notion de bien, et de distinguer, comme le fait le sens commun :

1° le bien sensible ou simplement délectable, 2° le bien utile en vue d'une fin, et 3° le bien honnête ou moral, qui est bien en soi, indépendamment de la jouissance ou de l'utilité qui en dérivent. L'animal se repose dans le bien sensible délectable, et par l'instinct il utilise le bien sensible utile sans en voir la raison d'être dans la fin pour laquelle il l'emploie.
L'hirondelle ramasse une paille pour faire son nid, sans savoir que cette paille est utile à son nid.L'homme seul, par sa raison, connaît l'utilité ou la raison d'être du moyen dans la fin.

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MessagePosté : 08 Décembre 2019, 21:18 
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CHAPITRE V
DIEU, FONDEMENT SUPRÊME DU DEVOIR

1 -L'ordination de notre volonté au bien moral


Seul aussi il connaît et peut aimer le bien honnête et entendre cette vérité morale : « il faut faire le bien et éviter le mal ». L'imagination de l'animal pourrait être perfectionnée toujours dans son ordre par le dressage, et jamais elle n'arriverait à saisir cette vérité.

Mais par contre tout homme, si peu cultivé qu'il soit, la saisit dès qu'il arrive à l'âge de raison. Tout homme arrivé au plein usage de la raison, connaît cette distinction des trois genres de bien, sans savoir toujours l'exprimer. Tous voient qu'un fruit savoureux est un bien sensible, délectable, un bien physique qui n'a rien à voir avec le bien moral, et qu'on peut user de ce fruit d'une façon soit moralement bonne soit moralement mauvaise; le délectable de soi n'est donc pas moral. Tous savent de même qu'un remède fort amer est un bien non pas délectable, mais utile, en vue d'une fin, en tant qu'il peut nous rendre la santé. Ainsi l'argent est utile et on peut en user bien ou mal au point de vue moral. C'est une vérité des plus élémentaires du sens commun.

Enfin tout homme arrivé à l'âge de raison voit qu'au-dessus du bien sensible délectable et aussi de l'utile, il y a le bien honnête ou bien rationnel ou bien moral, qui est bien en soi, indépendamment du plaisir ou des avantages, des commodités, qui en résultent.
C'est ainsi que la vertu est un bien, par ex. la patience, le courage, la justice. La justice, c'est chose évidente pour tous, n'est pas un bien sensible, mais un bien spirituel, sans doute elle donne la joie à celui qui la pratique, mais elle est bonne indépendamment de cette joie, elle est bonne parce qu'elle est raisonnable, conforme à la droite raison. Nous comprenons que nous devons pratiquer la justice, non pas seulement pour son utilité, pour éviter les inconvénients de l'injustice, mais pour elle-même; si bien que nous devons pratiquer la justice et éviter l'injustice, surtout l'injustice grave, même si la mort devait s'ensuivre.

C'est là une perfection de l'homme, comme homme, c'est-à-dire comme raisonnable, et non pas comme animal. De même il est bien en soi, indépendamment du plaisir qu'on y trouve et des avantages qu'on en retire, de connaître la vérité, de l'aimer par-dessus tout, d'agir en tout selon la droite raison. Et même ce bien honnête, ou bien rationnel, nous apparaît comme la fin nécessaire de notre activité et par suite comme OBLIGATOIRE. Tout homme comprend qu'un être raisonnable DOIT avoir une conduite conforme à la droite raison, comme la droite raison est elle-même conforme aux principes absolus de l'être ou du réel : « ce qui est est, et ne peut pas en même temps être et ne pas être ». Le juste roué de coups par un chenapan prouve l'existence du monde intelligible supérieur au monde sensible lorsqu'il lui crie : Tu es le plus fort, mais ça ne prouve pas que tu aies raison. La justice est la justice.

C'est ainsi que le devoir s'exprime chez tous les peuples par des formules équivalentes : « Fais ce que dois, advienne que pourra ». « Il faut faire le bien et éviter le mal. » Le plaisir et l'intérêt doivent être subordonnés au devoir, le délectable et l'utile à l'honnête. C'est là une vérité éternelle, qui a toujours été vraie et le sera toujours.

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MessagePosté : 09 Décembre 2019, 21:37 
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CHAPITRE V
DIEU, FONDEMENT SUPRÊME DU DEVOIR

1 -L'ordination de notre volonté au bien moral


Quel est le fondement prochain du devoir ou de l'obligation morale ? Comme le montre saint Thomas (Ia-IIae, q. 94, a. 2), c'est le principe de finalité évident pour notre intelligence, d'après lequel tout être agit pour une fin et doit tendre à celle qui lui est proportionnée.

Il suit de là que la volonté de l'être raisonnable DOIT tendre vers le bien honnête ou raisonnable, auquel elle est ordonnée. La faculté de vouloir et d'agir raisonnablement est pour l'acte raisonnable, comme l'œil pour la vision, l'oreille pour l'audition, le pied pour la marche, les ailes de l'oiseau pour le vol, la faculté de connaître pour connaître. La puissance est pour l'acte corrélatif, et si elle ne tend pas vers lui elle perd sa raison d'être; pour elle ce n'est pas seulement mieux de tendre vers son acte, c'est sa loi intime et primordiale.

Une volonté qui est par sa nature même capable de vouloir, non seulement le bien sensible, délectable ou utile, mais le bien honnête ou rationnel, c'est-à-dire une volonté qui est essentiellement ordonnée à ce bien ne peut refuser de le vouloir, sans perdre sa raison d'être. Cette volonté est pour aimer et vouloir le bien rationnel; ce bien DOIT donc être réalisé par elle, par l'homme qui peut le réaliser et qui existe pour le réaliser. C'est là le fondement prochain de l'obligation morale. Mais n'a-t-elle pas un fondement suprême beaucoup plus élevé ?

La voix de la conscience est parfois singulièrement forte lorsqu'elle ordonne d'agir et lorsqu'elle défend d'accomplir certains actes comme un faux témoignage, une trahison, ou encore lorsqu'elle reprend et condamne après une faute grave commise. Le meurtrier n'est-il pas tourmenté par sa conscience après avoir commis un assassinat d'une façon tout à fait secrète ? Les hommes ignorent son crime, mais sa conscience ne cesse de le reprendre, même si ce meurtrier veut douter de l'existence de Dieu.

D'où vient-elle donc cette voix de la conscience ? Est-ce seulement de la logique ? Est-ce seulement de notre raison individuelle ? Mais elle se fait entendre à tous les hommes et à chacun en particulier, elle les domine.

Viendrait-elle de la législation humaine ? Mais cette voix de la conscience est plus haute que la législation humaine, d'un peuple et de tous les peuples, plus haute que la société des nations; c'est elle qui nous dit qu'une loi injuste n'oblige pas en conscience, et les législateurs qui font une mauvaise loi sont repris eux aussi dans le secret de leur âme par la droite raison qui subsiste en eux.

II - L'ordination de notre volonté au bien moral suppose une Intelligence ordonnatrice divine

D'où vient donc cette voix parfois si forte de la conscience ? Ne vient-elle pas de très haut ?
Si un moyen ne peut être ordonné à une fin que par une intelligence ordonnatrice, qui seule peut connaître dans la fin à obtenir la raison d'être du moyen, qui seule par suite peut constituer le moyen pour la fin; si, comme nous l'avons vu, ch. II, l'ordre de l'univers physique présuppose une intelligence ordonnatrice divine, à combien plus forte raison l'ordination de notre volonté au bien moral la présuppose-t-elle. Il n'y a pas d'ordination passive sans une ordination active correspondante, ici sans celle de l'Auteur de notre nature.

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MessagePosté : 10 Décembre 2019, 21:54 
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CHAPITRE V
DIEU, FONDEMENT SUPRÊME DU DEVOIR

II - L'ordination de notre volonté au bien moral suppose une Intelligence ordonnatrice divine


Si l'on remonte aussi d'une façon nécessaire des vérités éternelles spéculatives (comme une même chose ne peut en même temps être et ne pas être) à une vérité suprême, fondement de toutes les autres, pourquoi ne pourrait-on pas s'élever du premier principe de la loi morale : « il faut faire le bien et éviter le mal » à la loi éternelle ?

On part ici des principes pratiques, au lieu de partir des principes spéculatifs; le caractère obligatoire du bien ajoute seulement un nouveau relief à la démonstration; et ce caractère, manifesté déjà par le fondement prochain de l'obligation morale, nous porte à en rechercher le fondement suprême.

Si le bien honnête auquel notre nature raisonnable est ordonnée, doit être voulu indépendamment de la satisfaction ou des avantages qu'on en retire, si l'être capable de le vouloir doit le vouloir, sous peine de perdre sa raison d'être, si notre conscience promulgue ce devoir, et ensuite approuve ou condamne, sans que nous soyons maîtres d'étouffer le remords; si en un mot le droit du bien à être aimé et pratiqué DOMINE notre activité morale et celle des sociétés actuelles et possibles, comme le principe de contradiction domine tout le réel, actuel et possible, il faut qu'il y ait eu de toute éternité de quoi fonder ces droits absolus du bien.

Ces droits de la justice à être pratiquée, qui dominent notre vie individuelle, notre vie familiale, notre vie sociale, notre vie politique, qui dominent aussi la vie internationale des peuples passés, présents et à venir, ces droits nécessaires et dominateurs ne peuvent avoir leur raison d'être dans les réalités contingentes et passagères dominées par eux, pas même dans les biens ou devoirs multiples et subordonnés, qui s'imposent à notre nature d'êtres raisonnables. Supérieurs à tout ce qui n'est pas le Bien même, ces droits ne peuvent avoir qu'en lui leur fondement, leur raison dernière.

Si donc le fondement prochain de l'obligation morale est l'ordre essentiel des choses, plus précisément le bien raisonnable auquel notre nature et notre activité sont essentiellement ordonnées, le fondement suprême en est dans le Souverain Bien, notre fin dernière objective. Et cette obligation morale n'a pu être formellement constituée que par une loi du même ordre que le Souverain Bien, par la Sagesse divine dont la loi éternelle ordonne et dirige toutes les créatures vers leur fin. L'ordre des agents correspond à l'ordre des fins. L'ordination passive de notre volonté au bien suppose une ordination active de Celui qui l'a créée pour le bien.

En d'autres termes la volonté de l'être raisonnable doit tendre vers le bien honnête ou rationnel, parce que ce bien est la fin pour laquelle elle a été faite par une cause efficiente supérieure qui avait elle-même en vue ce bien à réaliser.

C'est pourquoi, aux yeux du sens commun ou de la raison naturelle le devoir est en fin de compte fondé sur l'Être, l'intelligence et la volonté de Dieu qui nous a créés pour le connaître, l'aimer, le servir, et par ce moyen obtenir la béatitude éternelle.
Aussi le sens commun respecte le devoir et tient pour légitime la recherche du bonheur. Il rejette à la fois la morale utilitaire, et la morale Kantienne du pur devoir, sans bien objectif. Celle-ci lui apparaît comme une terre sans, soleil, aride et stérile.

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MessagePosté : 11 Décembre 2019, 22:37 
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CHAPITRE V
DIEU, FONDEMENT SUPRÊME DU DEVOIR

II - L'ordination de notre volonté au bien moral suppose une Intelligence ordonnatrice divine


On objecte parfois à cette démonstration de l'existence de Dieu, qu'elle implique une pétition de principe ou contient un cercle vicieux.

Il n'y a pas, dit-on, d'obligation morale proprement dite sans un législateur suprême, et il est impossible de se sentir soumis à une obligation morale catégorique, si l'on ne connaît pas déjà l'existence du suprême législateur. La preuve proposée suppose donc ce qu'elle entend démontrer; elle manifeste tout au plus d'une façon plus explicite ce qu'elle suppose admis implicitement.

A cela on peut et l'on doit répondre: Il suffit de manifester d'abord l'ordination passive de notre volonté au bien moral, pour prouver ensuite qu'il doit y avoir une cause première qui l'a ainsi ordonnée au bien, car il n'y a pas d'ordination passive sans une ordination active.

Ainsi l'ordre du monde, avons-nous dit, suppose une intelligence ordonnatrice suprême, et les vérités éternelles, qui dominent toute réalité contingente et toute intelligence finie, requièrent elles aussi un fondement éternel.

De plus on peut partir non seulement de l'ordination passive de notre volonté au bien moral, mais de l'obligation morale manifestée par ses effets, par exemple par le remords chez le meurtrier. D'où vient cette voix terrible du remords que nul criminel ne peut faire taire au fond de lui-même ?

La raison droite en nous commande de faire le bien raisonnable auquel notre nature est ordonnée, mais elle ne commande pas comme une cause première éternelle, car en chacun de nous, elle commence à commander, puis elle s'endort, elle se réveille, elle a bien des imperfections et des limites, elle-même est ordonnée, elle n'est pas le principe de tout ordre.

Il faut donc s'élever plus haut jusqu'à la Sagesse divine qui ordonne tout au Bien suprême.

Là seulement nous avons le fondement suprême de l'obligation morale ou du devoir. Il n'y a pas là de cercle vicieux, nous nous élevons du remords senti ou au contraire de la paix de l'âme, à la conscience qui les explique en désapprouvant ou en approuvant, et nous cherchons l'origine de cette voix de la conscience, l'origine première n'est pas en notre raison imparfaite, qui a commencé à commander; notre raison ne commande que comme une cause seconde, laquelle suppose une cause première éternelle, simple et parfaite: la Sagesse même qui ordonne tout au Bien.

Dès lors le Souverain Bien nous apparaît non plus seulement comme le premier désirable, seul capable de nous donner le vrai bonheur si nous l'aimons par-dessus tout ; mais il nous apparaît aussi comme le Souverain Bien qui doit être aimé par-dessus tout, qui exige l'amour et fonde le devoir.

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MessagePosté : 12 Décembre 2019, 22:05 
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CHAPITRE V
DIEU, FONDEMENT SUPRÊME DU DEVOIR

II - L'ordination de notre volonté au bien moral suppose une Intelligence ordonnatrice divine


Et nous voyons par là même que si l'on nie le premier devoir à l'égard de Dieu, fin dernière de l'homme, tous les autres devoirs sont privés de leur fondement suprême. Si l'on nie que nous soyons moralement obligés d'aimer par-dessus tout le bien, comme tel, et le souverain Bien qui est Dieu, comment peut-on prouver que nous sommes obligés d'aimer le bien beaucoup moins attirant de l'humanité en général, dont s'occupe la Société des nations ? Comment prouver alors que nous devons aimer notre patrie, notre famille, plus que notre vie ? Comment alors prouver aussi que nous sommes obligés de conserver notre propre existence et éviter le suicide, malgré les grandes tristesses qui peuvent nous accabler ? Si le Souverain Bien n'a pas un droit imprescriptible à être aimé par-dessus tout, à plus forte raison les biens inférieurs n'ont pas ce droit. S'il n'y a pas de fin dernière qui s'impose moralement à nous, aucune fin et aucun moyen ne s'imposent plus moralement. S'il n'y a pas un législateur suprême qui fonde l'obligation morale, toute loi humaine est destituée de son fondement supérieur.

Telle est la preuve de l'existence de Dieu, Législateur suprême et souverain Bien, qui fonde le devoir. Telle est la source éminente d'où descend la voix impérieuse de la conscience, cette voix qui tourmente le criminel après son crime, et qui donne au juste la paix du devoir accompli, lorsqu'il a fait ce qu'il pouvait faire.

La sanction morale

Pour finir nous dirons quelques mots d'une autre preuve de l'existence de Dieu, qui a un rapport intime avec celle-ci. C'est la preuve par la sanction morale.
La vue des actes héroïques non récompensés ici-bas, et aussi celle des crimes non punis, nous montre la nécessité d'un souverain juge, rémunérateur et vengeur.
L'existence du souverain juge et d'une sanction éternelle peut s'établir par l'insuffisance de toutes les autres sanctions. Kant lui-même a voulu conserver une certaine force à cet argument, qui est plus fort en soi qu'il ne le dit. Il revient à ceci :
Le juste, de par sa vertu persévérante, mérite le bonheur, puisqu'il a persévéré dans le bien.
Or Dieu seul peut réaliser l'harmonie de la vertu et du bonheur dans une autre vie meilleure. Donc Dieu et cette autre vie doivent exister.
Plus la vie morale d'un homme est grande, plus ferme et plus vive est la conviction que lui donne cette preuve.
En réalité elle est une confirmation de la précédente, qu'elle suppose.
Si en effet la voix de la conscience vient du Législateur suprême, Celui-ci doit être aussi souverain juge, rémunérateur et vengeur. Parce qu'Il est intelligent et bon, Il se doit à lui-même de donner à chaque être ce qui lui est nécessaire pour atteindre la fin à laquelle Il l'a ordonné, et donc Il se doit de donner aux justes la connaissance de la vérité et la béatitude qu'ils méritent. (Cf. Saint Thomas, Ia, q. 21, 1.) Et, par ailleurs, comme le Législateur suprême aime nécessairement le Bien par-dessus tout, II se doit aussi d'en faire respecter les droits absolus et d'en réprimer la violation. (Ia-IIae, q. 87, a. 1 et 3.)
En d'autres termes, s'il y a de l'ordre dans le monde physique, et si cet ordre exige une intelligence ordonnatrice, à plus forte raison doit-il y avoir de l'ordre dans le monde moral, qui lui est infiniment supérieur.

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MessagePosté : 13 Décembre 2019, 21:54 
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CHAPITRE V
DIEU, FONDEMENT SUPRÊME DU DEVOIR

La sanction morale


Par là il y a une réponse aux plaintes du juste opprimé et injustement condamné par les hommes. Combien de fois les méchants ou les médiocres triomphent sur la terre, tandis que les âmes les plus droites et les plus hautes, comme une Jeanne d'Arc, sont parfois condamnées. Bien plus Barabbas a été préféré à Jésus, Barabbas a été délivré, et Jésus crucifié. L'injustice, surtout lorsqu'elle est aussi flagrante, ne saurait avoir le dernier mot; il y a une Justice supérieure, dont la voix se fait entendre en notre conscience, et qui doit un jour tout remettre dans l'Ordre. Alors se manifesteront les deux aspects du Souverain Bien, qui a droit à être aimé par-dessus tout (c'est le principe de la Justice), et qui est essentiellement diffusif de lui-même (c'est le principe de la Miséricorde).

Telles sont ces preuves morales de l'existence de Dieu; de nature à convaincre toute âme qui ne cherche pas à étouffer en elle la voix de la conscience, et qui arrive alors sans difficulté à voir quelle est l'origine supérieure de cette voix, qui nous porte au Bien, parce qu'elle vient de Celui qui est le Bien même.

CHAPITRE VI
- DE LA NATURE DE DIEU

« Je suis Celui qui suis » Exod., III, 14.


Les preuves classiques de l'existence de Dieu, telles que les expose saint Thomas, montrent, nous l'avons vu, qu'il existe un Premier moteur des esprits et des corps, une cause première des êtres qui arrivent à l'existence, un Être nécessaire dont dépendent les êtres contingents et périssables, un Être suprême, Vérité première et Souverain Bien, une Intelligence ordonnatrice cause de l'ordre de l'univers et qui mérite le nom de Providence.
Ces cinq attributs : Premier moteur, Cause première, etc., sont ceux par lesquels nous concevons Dieu. Nous avons ainsi établi son existence.
Il nous faut maintenant dire ce qu'il est, en d'autres termes qu'est-ce qui constitue formellement sa nature. Nous ne saurions nous faire autrement une juste idée de la Providence.

Le problème

Certes ici-bas nous ne pouvons connaître l'essence divine telle qu'elle est en soi; pour cela il faudrait la voir immédiatement, comme la voient au ciel les bienheureux. Ici-bas nous ne connaissons Dieu que par le reflet de ses perfections dans le miroir des choses créées ; et ces choses, étant très inférieures à lui, ne nous permettent pas de le connaître tel qu'il est en soi. Ainsi que le disait Platon dans l'allégorie de la caverne, nous sommes un peu à l'égard de Dieu, comme des hommes qui n'auraient jamais vu le soleil, mais seulement le reflet de ses rayons dans les choses qu'il éclaire, ou comme des hommes qui n'auraient jamais vu la lumière blanche, mais seulement les sept couleurs de l'arc-en-ciel: violet, indigo, bleu, vert, jaune, orange et rouge. Ces hommes ne pourraient se faire un concept propre de la lumière blanche, ils ne pourraient la concevoir que négativement et relativement comme un foyer lumineux inaccessible. De même nous ne pouvons nous faire un concept propre et positif de la nature divine, par les créatures qui nous montrent seulement à l'état de multiplicité et de division les perfections qui forment en Dieu une unité absolument simple.

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MessagePosté : 15 Décembre 2019, 08:24 
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CHAPITRE VI
DE LA NATURE DE DIEU

Le problème


Nous ne pouvons donc pas connaître ici-bas la nature divine telle qu'elle est en soi. Si nous la voyions, nous verrions comment en elle toutes les perfections divines: être infini,
sagesse, amour, justice et miséricorde, s'identifient réellement sans se détruire. Nous en sommes réduits à épeler, à énumérer les unes après les autres ces divines perfections, en ajoutant qu'elles s'identifient dans une simplicité éminente, dans l'unité supérieure de la Déité ou Divinité; mais la Déité ou l'essence même de Dieu (ce qui fait que Dieu est Dieu), nous ne la voyons pas et ne pourrons la voir qu'au ciel. C'est un peu comme si nous voyions les côtés d'une pyramide dont le sommet resterait absolument invisible.

Cependant, sans connaître la nature divine telle qu'elle est en soi, ne pouvons-nous pas, selon notre manière imparfaite de connaître, déterminer ce qui la constitue formellement ? En d'autres termes, parmi les perfections que nous attribuons à Dieu, n'y en a-t-il pas une qui soit primordiale, et comme la source de tous les attributs divins, en même temps que le principe de la distinction de Dieu et du monde ?

N'y a-t-il pas en Dieu une perfection radicale, qui soit en lui ce qu'est la rationabilité chez l'homme ? L'homme se définit un être raisonnable; c'est ce qui le distingue des êtres inférieurs à lui et c'est ce qui est le principe des propriétés de l'homme : c'est parce qu'il est raisonnable, qu'il est libre, qu'il est moralement responsable de ses actes, qu'il est sociable, qu'il est religieux, qu'il a la faculté de parler, celle de sourire avec intelligence ; autant de propriétés qui n'existent point chez l'animal. Comme on déduit les propriétés du triangle ou celles du cercle, on déduit celles de l'homme.

Y a-t-il aussi en Dieu une perfection radicale, qui permette de le définir, selon notre manière imparfaite de connaître, un peu comme nous définissons l'homme, ou encore comme nous définissons le cercle ou la pyramide. En d'autres termes n'y a-t-il pas un ordre dans les perfections divines, qui permette de les déduire d'une perfection première. Telle est la position du problème.

Les différentes solutions

La question ainsi posée a reçu plusieurs solutions. Partons des plus inférieures pour nous élever par degrés à la plus haute.

1° Les uns, appelés nominalistes, ont dit : il n'y a pas en Dieu une Perfection primordiale, d'où l'on puisse logiquement déduire les autres. L'essence divine n'est, pour eux, que la collection de toutes les perfections, et il n'y a pas à chercher d'ordre logique parmi elles, ce sont seulement des noms divers d'une même réalité supérieure.

Cette opinion nominaliste conduit à dire que Dieu est inconnaissable, puisqu'on ne pourrait déduire ses attributs d'une perfection divine fondamentale. On ne pourrait dire pour quelle raison il est sage, juste, miséricordieux. On l'affirmerait sans savoir pourquoi.

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MessagePosté : 15 Décembre 2019, 21:56 
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CHAPITRE VI
DE LA NATURE DE DIEU

Les différentes solutions


2° D'autres, s'inspirant de Descartes, ont dit que ce qui constitue formellement la nature divine, c'est la liberté. Dieu serait avant tout une volonté souverainement libre. Descartes prétendait que, si Dieu le voulait, il ferait des cercles-carrés, des montagnes sans vallées, des êtres qui en même temps existeraient et n'existeraient pas, des effets sans cause; et Ockam, au moyen âge, a prétendu que si Dieu l'avait voulu, il aurait pu nous commander non pas de nous aimer, mais de nous haïr, et non pas de l'aimer lui-même; mais de le haïr. En d'autres termes la vérité du principe de contradiction, et la distinction du bien et du mal moral dépendraient du libre arbitre de Dieu. Dieu serait avant tout et par-dessus tout liberté absolue.

Des philosophes modernes, comme Secrétan en Suisse, ont dit : la définition de Dieu est : Je suis ce que je veux. Je suis ce que librement je veux être.

On a répondu à cela : il est impossible de concevoir la liberté antérieure à l'intelligence. Une liberté sans intelligence est impossible, elle se confondrait avec le hasard. La liberté ne se conçoit pas sans l'intelligence qui la dirige, ce serait une liberté sans règle aucune, sans vérité, sans vraie bonté.

Dire que Dieu aurait pu, s'il l'avait voulu, nous commander de le haïr, c'est dire, remarquait Leibnitz, qu'il n'est pas nécessairement le souverain Bien, et qu'il pourrait être, s'il l'avait voulu, le principe du mal admis par les manichéens. II faudrait être absolument insensé pour le soutenir. C'est « déshonorer Dieu », dit encore Leibnitz, que de soutenir qu'il a établi la distinction du bien et du mal par un décret purement arbitraire, et de prétendre qu'il est une absolue Liberté, sans règle aucune.

Il est clair que la liberté ne se conçoit pas sans l'intelligence et la sagesse qui la dirige, tandis que l'intelligence se conçoit antérieurement à la liberté qu'elle dirige.

La connaissance du vrai et même du vrai bien est antérieure à l'amour de ce bien, qui ne serait pas aimé, s'il n'était pas connu.
L'intelligence est donc première, et la liberté est dérivée.

3° Faut-il dire alors que ce qui constitue formellement la nature divine c'est l'intelligence, ou la Pensée toujours actuelle, la connaissance éternelle du Vrai en sa plénitude ? Certainement c'est là une perfection divine, mais est-ce la perfection radicale ?

Plusieurs philosophes et plusieurs théologiens l'ont pensé. Ils conçoivent surtout Dieu, comme un Pur éclair intellectuel éternellement subsistant. On voit parfois pendant l'orage, la nuit, un éclair immense d'une extrémité du ciel à l'autre ; ce serait comme une image fort lointaine de Dieu. On parle aussi des éclairs du génie, qui découvre les grandes lois de la nature, comme un Newton, éclairs passagers, fort restreints qui manifestent une vérité partielle, comme la loi de la gravitation universelle. Dieu est un pur éclair intellectuel éternellement subsistant, qui contient la Vérité infinie et la vue de tous les mondes actuels et possibles et de leurs lois.

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MessagePosté : 16 Décembre 2019, 21:48 
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CHAPITRE VI
DE LA NATURE DE DIEU

Les différentes solutions


3° Dieu est certainement la Pensée même éternellement subsistante, et la Vérité même toujours connue. Pourquoi ? parce que la forme supérieure de la vie, au-dessus de la vie végétative des plantes, et de la vie sensitive des animaux, c'est la vie intellectuelle, et parce que l'intelligence est antérieure à la volonté et à la liberté qu'elle dirige, en leur montrant le bien à vouloir et à aimer.

Tout cela est vrai, mais la Pensée ou l'intellection subsistante est-elle en Dieu la perfection absolument première ? Si haute que soit cette manière de concevoir la nature divine, elle ne paraît pas être la plus élevée.

La Sainte Écriture nous en donne une qui est supérieure. Elle nous dit que Dieu est l'Être même, et c'est Lui qui nous a révélé son nom : Celui qui est.

Dieu est l'Être même, éternellement subsistant

Dans la Sainte Écriture, au livre de l'Exode, c. III, 14, il est rapporté, que Dieu, parlant à Moïse, du milieu du buisson ardent, lui a dit quel était son nom. Or il n'a pas dit : « Je suis l'absolue Liberté, je suis ce que je veux ». Il n'a pas dit non plus: « Je suis l'Intelligence même, la Pensée même éternellement-subsistante ». Il a dit : « Je suis Celui qui est » ou l'Être même éternellement subsistant.

Rappelons-nous ce passage de l'Exode, III, 14 : « Quand j'irai, dit Moïse, vers les enfants d'Israël et que je leur dirai : Le Dieu de vos Pères m'envoie vers vous, s'ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ? » et Dieu dit à Moïse : « Je suis Celui qui suis ». C'est ainsi, ajouta-t-il, que tu répondras aux enfants d'Israël : « Celui qui est m'envoie vers vous ». Celui qui est, en hébreu Yahvéh, dont on a fait Jéhovah. « C'est là mon nom pour l'éternité, c'est là mon souvenir de génération en génération. » Ibid., V, 15.

On lit de même dans le dernier livre du Nouveau Testament, dans l'Apocalypse I, 4 et 8 : « Je suis l'alpha et l'oméga, dit le Seigneur, Celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant ».

Ainsi Dieu s'est souvent révélé à ses saints, comme par exemple à sainte Catherine de Sienne : « Je suis Celui qui est, tu es celle qui n'est pas ».

Et donc Dieu n'est pas seulement esprit pur, il est l'Être même qui subsiste immatériel au sommet de tout, au-delà de toutes les limites que peuvent imposer l'espace, la matière, ou une essence spirituelle finie.

L'Être même subsistant n'est-ce pas là ce qui constitue formellement la nature divine, selon notre manière imparfaite de connaître ?

Il semble facile de l'établir. En effet : ce qui constitue formellement la nature divine, c'est ce que nous concevons en Dieu comme la perfection primordiale qui le distingue des créatures, et d'où se déduisent les attributs.

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MessagePosté : 17 Décembre 2019, 21:48 
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CHAPITRE VI
DE LA NATURE DE DIEU

Dieu est l'Être même, éternellement subsistant


Or c'est parce que Dieu est l'Être même subsistant, l'océan infini de l'être spirituel, non limité, et non matérialisé, qu'il se distingue de toute créature spirituelle ou corporelle. Seule l'essence divine est l'existence même, seule elle existe nécessairement; aucune créature n'existe par soi, aucune ne peut dire : je suis l'être, la vérité et la vie.

Seul parmi les hommes Jésus a dit : « Je suis la Vérité et la Vie » et c'était dire : Je suis Dieu.

C'est à ce sommet, à l'Être même subsistant, qu'aboutissent les cinq preuves de l'existence de Dieu exposées par saint Thomas : Le Premier moteur, la Cause première, l'Être nécessaire, l'Être suprême, l'Intelligence ordonnatrice de l'univers, doivent être l'Être même subsistant dans son immatérialité au sommet de tout.

Et c'est de ce point culminant que se déduisent ensuite tous les attributs divins, comme on déduit les propriétés de l'homme de sa rationabilité.

L'Être même subsistant dans son immatérialité au sommet de tout, doit en effet, nous le verrons mieux dans la suite, être absolument un et simple, être la Vérité même toujours connue, le Bien même toujours aimé. Il doit être, à raison de son immatérialité, l'Intelligence, la Pensée même éternellement subsistante, la Sagesse même et aussi la Volonté, l'Amour subsistant, par suite la Justice et la Miséricorde.

Nous voyons aussi que la Justice et la Miséricorde supposent l'amour du bien ; que l'amour suppose l'intelligence qui l'éclaire, et que l'intelligence suppose l'être intelligent et l'être intelligible qu'elle contemple.

Il reste donc bien que de tous les noms de Dieu, celui qui lui convient tout d'abord et le plus en propre est Celui qui est, Yahvéh. C'est son nom par excellence, dit saint Thomas, Ia, q. 13, a. 11, pour trois raisons :

1° Parce qu'il exprime non pas une forme de l'être, une essence spéciale, mais l'être même, et Dieu seul est l'Être même, Dieu seul existe par soi.

2° C'est le nom le plus universel, qui renferme l'être tout entier et toutes ses perfections, comme l'océan sans bornes ni rivages de la substance spirituelle, omnisciente, et toute-puissante.

3° Ce nom Celui qui est signifie non seulement l'être, mais l'être toujours présent, pour qui il n'y a ni passé, ni futur.

Voilà ce qui constitue formellement la nature divine selon notre manière imparfaite de connaître, manière qui consiste à déduire de là les attributs divins, et à les énumérer les uns après les autres: unité, sagesse, amour, justice, Miséricorde..., sans parvenir à voir comment ils se fondent et s'identifient dans la vie intime de Dieu ou dans la Déité.

Source : Livres-mystiques.com

Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde


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MessagePosté : 18 Décembre 2019, 21:11 
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CHAPITRE VI
DE LA NATURE DE DIEU

La Déité


Quant à la nature divine, à la Déité, telle qu'elle est en soi, nous ne pouvons ici-bas la connaître, il faudrait la voir immédiatement, sans l'intermédiaire d'aucune créature et d'aucune idée créée, comme la voient dans la patrie les bienheureux. Au ciel seulement nous verrons comment la Sagesse et le bon plaisir divin le plus libre s'identifient, comment ce bon plaisir, si libre soit-il, n'est nullement un caprice, puisqu'il est tout pénétré de sagesse.

Alors seulement nous verrons comment la justice infinie et l'infinie Miséricorde s'identifient, dans l'amour du souverain Bien, qui à la fois a droit à être aimé par-dessus tout et qui tend à se communiquer pour nous rendre heureux. La Déité, telle qu'elle est en soi, reste pour nous cachée, profondément mystérieuse, les mystiques l'ont même appelée la grande ténèbre, ténèbre translumineuse qui est « la lumière inaccessible » dont parle l'Écriture.

Mais si nous ne pouvons pas connaître la Déité telle qu'elle est en soi, nous en avons reçu une participation dans la grâce sanctifiante, qui est vraiment une participation de la nature divine, telle qu'elle est en soi[10], et qui nous dispose dès maintenant à voir Dieu un jour comme il se voit et à l'aimer comme il s'aime. Et c'est ce qui nous montre le prix de la grâce sanctifiante, très supérieure à la vie naturelle de notre intelligence, et même à la vie naturelle de l'intelligence angélique. C'est ce qui fait dire à saint Thomas : « le moindre degré de grâce sanctifiante, qui se trouve dans l'âme d'un petit baptisé, vaut plus que tout l'univers, vaut plus que toutes les natures créées corporelles et spirituelles prises ensemble » Ia-IIae q. 113, a. 9, ad 2. « Bonum gratiæ unius majus est quam bonum naturæ totius universi ».

C'est ce que Pascal a admirablement exprimé, dans une des plus belles pages de ses Pensées : « Tous les corps, le firmament, les étoiles, la terre et ses royaumes, ne valent pas le moindre des esprits; car il connaît tout cela et soi; et les corps, rien. Tous les corps ensemble, et tous les esprits ensemble, et toutes leurs productions, ne valent pas le moindre mouvement de charité; cela est d'un ordre infiniment plus élevé. - De tous les corps ensemble, on ne saurait en faire réussir une petite pensée: cela est impossible et d'un autre ordre.

De tous les corps et de tous les esprits, on n'en saurait tirer un mouvement de vraie charité: cela est impossible et d'un autre ordre, surnaturel... Les saints ont leur empire, leur éclat, leur victoire, leur lustre, et n'ont nul besoin des grandeurs charnelles ou spirituelles (intellectuelles), où elles n'ont nul rapport ; car elles n'y ajoutent ni ôtent. Ils sont vus de Dieu et des anges, et non des corps, ni des esprits curieux : Dieu leur suffit ». C'est le prix de la vie cachée.

La sainteté, voilà ici-bas, ce qui nous révèle le mieux, dans l'obscurité de la foi, ce qu'est la vie intime de Dieu, ce qu'est la Déité, car la sainteté, ou la perfection de la vie de la grâce, est précisément une participation réelle et vivante de cette vie intime de Dieu, qu'elle nous dispose à voir un jour. D'où la parole du Ps. 67, 36 : « Mirabilis Deus in sanctis suis - Dieu est admirable dans ses saints ».

Source : Livres-mystiques.com

Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde


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